{"id":45,"date":"2020-02-04T16:25:54","date_gmt":"2020-02-04T15:25:54","guid":{"rendered":"http:\/\/1calamus2vexilles.fr\/?p=45"},"modified":"2024-06-04T18:33:33","modified_gmt":"2024-06-04T16:33:33","slug":"comment-je-suis-devenu-un-peintre-surrealiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/1calamus2vexilles.fr\/?p=45","title":{"rendered":"Comment je suis devenu un peintre surr\u00e9aliste"},"content":{"rendered":"\n<p>\nTiens mon Paul, sers moi une absinthe.\n\u00c7a va rincer l\u2019odeur des bourgeois. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Tu sens&nbsp;? M\u00eame ma veste elle pue le salon feutr\u00e9, l\u2019argent vol\u00e9 et le savoir vivre\u2026 r\u00e9pugnant. \u00c7a se gratte le cul en faisant des commentaires sur ta technique, et \u00e7a r\u00e9clame des paysages aux portraitistes. Putain j\u2019aime pas faire le guignol dans les galeries, mais tu vois, faut bien vendre ses cro\u00fbtes. Le probl\u00e8me c\u2019est que je ne suis plus \u00e0 la mode. Les biens pensants ne payent que ce qu\u2019ils comprennent. Et moi maintenant je ne comprends m\u00eame plus ce que je peins&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Tu\nveux savoir comment je suis devenu un peintre surr\u00e9aliste&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Sers\nmoi une autre <em>f\u00e9e <\/em><em>verte<\/em> et je te raconte&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Bon imagine, il pleut, une pluie lourde de printemps, entrecoup\u00e9e du soleil, rayons rasants de fin d&rsquo;apr\u00e8s-midi. Tu vois le d\u00e9cor\u00a0? Un  truc ti\u00e8de, mais pas assez pour r\u00e9chauffer ma carcasse\u2026 Une lumi\u00e8re l\u00e9g\u00e8re, trop l\u00e9g\u00e8re pour un vieux gars comme moi. Et le manteau des ann\u00e9es n\u2019y change rien. <em>C\u2019est moche&#8230;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re\nla vitre, je m\u2019\u00e9chine dans mon atelier, acharn\u00e9 sur un paysage.\nEn fait c\u2019est juste une prairie qui se prend pour une marine. \n<\/p>\n\n\n\n<p>A ce moment l\u00e0 je ne n&rsquo;\u00e9tais qu&rsquo;un barbouilleur, mais je me croyais peintre.<\/p>\n\n\n\n<p>La toile est rev\u00eache, j&rsquo;ai un mal de chien \u00e0 y transcrire l&rsquo;image. Pourtant c\u2019est imprim\u00e9 net dans ma r\u00e9tine. Cette salet\u00e9 de lumi\u00e8re fait tout danser, pas possible d\u2019obtenir un rendu digne. Tu vois le spectacle\u00a0? Pas possible de faire se poser l\u2019\u0153uvre, \u00e7a voltige et moi je bougonne. Les d\u00e9tails ne sont pas encore \u00e9clos, tout juste fini un ciel, que d\u00e9j\u00e0 cette toile est inapte. Inadapt\u00e9e. Encore une qui va vivre sa vie sans se soucier de l&rsquo;\u00e9tat de mes finances.  <\/p>\n\n\n\n<p>Trente\nans\u2026 \u00e7a faisait trente ans que ces salopes prenaient un malin\nplaisir \u00e0 me faire croire que j\u2019\u00e9tais un artiste\u2026 Arr\u00eate de\nrigoler, et \u00e9coute la suite. Donc je suis l\u00e0, devant ma toile, un\npeu\u2026 un peu paum\u00e9 quoi.<\/p>\n\n\n\n<p><em>J&rsquo;\u00e9tire un peu ce nuage et je prends du recul.<\/em>  Deux pas en arri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel merdier cet atelier. \u00c7a sent le froid humide alourdi au p\u00e9trole, les fins de mois interminables, la solitude tenace. Je sais, c\u2019est pas fonctionnel, comme ils disent. Juste un ancien magasin vaguement am\u00e9nag\u00e9, mais j\u2019ai pas l&rsquo;envie d&rsquo;en faire autre chose.  <\/p>\n\n\n\n<p>Allez\nje pose les pinceaux, j&rsquo;ai faim&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais me chercher une biscotte molle et un bout de fromage \u00e0 peine moisi. \u00c7a g\u00e8le dans la cuisine. Je demande au Ficus qui jaunit, s&rsquo;il veut un coup \u00e0 boire. Mais Monsieur est un peu asocial, pas enclin \u00e0 r\u00e9pondre\u2026 pourtant je suis s\u00fbr qu&rsquo;il aurait des bonnes histoires \u00e0 raconter.<\/p>\n\n\n\n<p>Une\nnouvelle averse tape sur la vitre branlante. La pluie veut s\u2019abriter\nchez moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Frigo sale et vide. Et j&rsquo;ai encore trois jours \u00e0 tenir avant la prochaine avance. Heureux qu&rsquo;il me reste des cigarettes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Et l\u00e0 \u00e7a frappe \u00e0 la porte c\u00f4t\u00e9 rue. Je n&rsquo;attends personne.<\/p>\n\n\n\n<p>Je\ntraverse mon gourbi en jetant un regard contrari\u00e9 \u00e0 l&rsquo;inachev\u00e9e\nqui me nargue. \nAu\ntravers de la porte vitr\u00e9e une ombre brune. \nC&rsquo;est\nqui encore cet \u00e9nergum\u00e8ne. \n<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ouvre\n\u00e0 la vol\u00e9e pr\u00eat \u00e0 en d\u00e9coudre avec l\u2019emp\u00eacheur.<\/p>\n\n\n\n<p>Et\nl\u00e0 dans la lumi\u00e8re soudaine, toute mouill\u00e9e, une apparition.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame\npas surprise, elle me cloue sur place la Madone, juste en levant son\nmuseau vers moi. Ma m\u00e9chante phrase d\u2019accueil reste bloqu\u00e9e au\nfond de ma gorge. J\u2019h\u00e9site entre effarement et \u00e9bahissement. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Elle me salue d&rsquo;un <em>\u00ab\u00a0Quel temps de chien de sa chienne\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je r\u00e9ponds d&rsquo;un signe de t\u00eate et d&rsquo;un vague grognement. Je suis au maximum de mes capacit\u00e9s de communication. Rien d&rsquo;intelligible ne peut remonter \u00e0 mes l\u00e8vres&#8230; certainement une perte de comp\u00e9tence apr\u00e8s les deux semaines pass\u00e9s sans adresser la parole \u00e0 un \u00eatre anim\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019oiseau tout mouill\u00e9 est toujours devant moi avec son imper ruisselant et son parapluie referm\u00e9. Je me secoue, m&rsquo;\u00e9carte de l&rsquo;encadrement de la vitrine pour enfin laisser le printemps entrer dans mon atelier.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle\nme dit qu&rsquo;elle est fatigu\u00e9e, qu&rsquo;elle va rester 2 ou 3 jours et me\ntend un panier digne d\u2019un Lionelli&nbsp;: \u00ab\u00a0<em> Je r\u00e8gle le\nloyer d&rsquo;avance\u00a0\u00bb<\/em>. Ponctu\u00e9 d&rsquo;un rire de grelot&#8230; un peu f\u00eal\u00e9\nle grelot. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Je\nne sais pas quel a \u00e9t\u00e9 son chemin ces derniers mois&nbsp;; vaut\npeut-\u00eatre mieux pas\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Elle\nme balance \u00ab\u00a0<em>T<\/em><em>u me fais un <\/em><em>d\u00eener&nbsp;?<\/em>\u00a0\u00bb\nen d\u00e9signant du menton la botte de carottes pr\u00eates \u00e0 fuir. \nSon\nsourire&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle pose son imper sur mon tabouret&nbsp;; essore son parapluie&nbsp;sans vergogne; fait un tour sur elle-m\u00eame, petit tourbillon au milieu de la flaque r\u00e9pandue sur les dalles du sol.  Et le bleu de sa robe \u00e9claire ma grotte.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00a0\u00bb <em>Tu es toujours aussi bord\u00e9lique<\/em>\u00ab\u00a0.  <\/p>\n\n\n\n<p>Elle\nme regarde en penchant la t\u00eate, ce sourire&#8230; \nMerde,\nelle attend une r\u00e9ponse ?\n\nCourageusement\nje tourne les talons pour vider le panier sur le billot de la\ncuisine. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Putain, elle exag\u00e8re !&#8230;pas un coup de fil, pas un mot depuis des mois&#8230; et l\u00e0 Madame d\u00e9barque comme un mascaret, sans pr\u00e9venir\u2026 2 ou 3 jours, et puis quoi encore? Je tiens pas un h\u00f4tel de passe moi&#8230;  <\/p>\n\n\n\n<p>Le Ficus me jauge froidement : \u00ab\u00a0<em>apr\u00e8s qui tu grognes\u00a0?  Vas donc lui dire \u00e0 elle au lieu de t&rsquo;en prendre \u00e0 ton copain de mis\u00e8re. Et puis arr\u00eate de m\u2019arroser, tu me noies, j&rsquo;suis d\u00e9j\u00e0 \u00e0 moiti\u00e9 mort&#8230;  et tu penses pas que ce serait bien une nana ici, non\u00a0?  Elle a dit 2 ou 3 jours. T&rsquo;as vu la poussi\u00e8re\u00a0?  et les souris\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et\nvoil\u00e0, m\u00eame les plantes\nvertes se mettent \u00e0\nm&#8217;emmerder !<\/p>\n\n\n\n<p>&#8230;Une &#8230; ce serait bien\u2026 Fait chier, il a toujours raison ce con de Ficus&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Je\nl&rsquo;entends monter les escaliers &#8230; oh la la, dans quel \u00e9tat c&rsquo;est l\u00e0\nhaut? Ses talons dans le couloir puis la salle de bain&#8230; la salle de\nbain? \n<\/p>\n\n\n\n<p><em>Oh\nbordel de Dieu&nbsp;! c&rsquo;est le carnage la salle de bain&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Bon je me concentre sur le contenu du panier, pour la peinture c&rsquo;est foutu pour ce soir. J&rsquo;\u00e9pluche, \u00e9mince, taillade avec la rage de bien faire. C&rsquo;est le moment d&rsquo;assurer sur quelque chose. La derni\u00e8re fois, j&rsquo;ai tout foir\u00e9&#8230; c&rsquo;est le moment de tout rater encore une fois, mais en mieux. En 30 minutes j&rsquo;ai tout liquid\u00e9, les l\u00e9gumes mijotent, les magrets sont \u00e0 point.  <\/p>\n\n\n\n<p>Elle\nconna\u00eet\nmes go\u00fbts\nla mignonne. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Reste plus qu&rsquo;\u00e0 d\u00e9glacer au chablis&#8230; bon c&rsquo;est pas tr\u00e8s orthodoxe, mais j&rsquo;ai rarement des pens\u00e9es bien orient\u00e9es. Et quitte \u00e0 chavirer\u2026 autant le faire avec classe.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;allume\nune clope, il ne m&rsquo;en reste que 3. J&rsquo;ai d\u00fb en griller 3 ou 4 en\ntrucidant le d\u00eener, sans m\u00eame m&rsquo;en rendre compte. Pour finir la\nsemaine, \u00e7a va \u00eatre dur. Surtout que je ressens comme une petite\ncontrari\u00e9t\u00e9 en ce moment. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Une\ntoute petite contrari\u00e9t\u00e9 bleue. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Il\nva falloir tout redresser vite fait, le bonhomme, les armoires et les\nardoises.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\tEt\ntu vas<\/em><em> encore en baver&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il\nn&rsquo;y a plus de bruit l\u00e0-haut. Mais qu&rsquo;est ce qu&rsquo;elle fait&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je tire sur ma clope. Je monte&nbsp;?&#8230; fait chier ! \u00c7a secoue les tripes les petites contrari\u00e9t\u00e9s. Ma clope est \u00e9cras\u00e9e au sol, les l\u00e9gumes sont cuits et moi je suis&#8230; <\/p>\n\n\n\n<p><em>je suis quand m\u00eame chez moi ! Merde&nbsp;!<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je repousse violemment la seule chaise de la cuisine et je me pr\u00e9cipite \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage. Les escaliers ne m&rsquo;ont jamais paru aussi crades. Je ne suis qu&rsquo;un vieux con, je vis dans ma crasse, et me voil\u00e0 avec un oiseau tomb\u00e9 dans mon nid pouilleux.  <\/p>\n\n\n\n<p><em> Tu es en-dessous de tout mon vieux !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je pousse doucement la porte de la chambre. Juste un grincement. Je rentre. La robe bleue est au tapis; les chaussures noires \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Et elle endormie, dans mon lit. <em>Oh grand Dieu\u00a0!<\/em>  Heureux que j&rsquo;ai chang\u00e9 les draps hier, sinon je n&rsquo;aurai eu plus qu&rsquo;\u00e0 me d\u00e9fenestrer !<\/p>\n\n\n\n<p>Je tire la chaise du bureau pr\u00e8s du lit, je m&rsquo;\u00e9tonne de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de mon geste ; j&rsquo;ai d\u00fb perdre 10 ans en montant les escaliers. Je sors une cigarette du paquet, la tourne entre mes doigts et finis par oser regarder \u00e0 nouveau le lit.  <\/p>\n\n\n\n<p>Ses\ncheveux bruns sont \u00e9tal\u00e9s en nuage d&rsquo;orage, son pied droit sort \u00e0\nl&rsquo;autre bout de la couverture. Elle dort sur le ventre. \n\u00c9tal\u00e9e\ndans mon lit, ses v\u00eatements diss\u00e9min\u00e9s dans la chambre, sa petite\npersonne \u00e9parpill\u00e9e dans ma vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me penche pour ramasser une des chaussures. Elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 la main, d&rsquo;apr\u00e8s une forme datant du XIX\u00e8me si\u00e8cle, dans un cuir noir et luisant. Un peu us\u00e9e, mais une partie des piq\u00fbres, la semelle et le talon sont refaits \u00e0 neuf. Un talon bobine. Il donne vie \u00e0 l&rsquo;ensemble, comme esquissant le premier pas de danse.  <\/p>\n\n\n\n<p>Elle\nest encore plus belle que dans mes souvenirs\u2026 tellement&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>En\nd\u00e9taillant toujours le soulier, j&rsquo;allume ma clope et tire la\npremi\u00e8re bouff\u00e9e. Le go\u00fbt est.. \u00e2cre, un go\u00fbt de route chaude et de bois vert br\u00fbl\u00e9&#8230; un go\u00fbt de r\u00e9sine \u00e9c\u0153urante&#8230; le go\u00fbt exact de ma premi\u00e8re cigarette ; j&rsquo;en tire vite une deuxi\u00e8me pour faire dispara\u00eetre l&rsquo;hallucination.  <\/p>\n\n\n\n<p><em>C&rsquo;est\npire&nbsp;!<\/em>  r\u00e9pugnant et je tousse, je m&rsquo;\u00e9touffe. Je l&rsquo;\u00e9crase\nrageusement et me l\u00e8ve pour ouvrir la fen\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Une\nvoiture passe. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Dans\nle paquet pos\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la chaussure sur le bureau, il me reste\ndeux clopes et je sais d\u00e9j\u00e0 que je ne les fumerais pas. Ni ce soir,\nni demain\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Elle\nbouge, marmonne et s&rsquo;\u00e9tire. Ses yeux s&rsquo;ouvrent. Elle se tourne vers\nmoi en s&rsquo;enroulant dans la couverture. Elle a ce sourire. Depuis sa\nchute au pas de ma porte, je ne lui ai pas encore dit un mot. Les\nmots ce n&rsquo;est pas mon point fort. Elle le sait bien, mieux que\npersonne.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab\u00a0\u00c7a\nsent bon, le d\u00eener est pr\u00eat&nbsp;?  je mangerai un demi-cochon&nbsp;!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Encore ce sourire. Et moi j&rsquo;ai envie de peindre un soulier en cuir noir, \u00e0 bout rond et talon bobine.  <\/p>\n\n\n\n<p> <em>Un soulier cendrier dansant sur un plateau d&rsquo;argent \u00e9caill\u00e9 tir\u00e9 par un oiseau bleu mouill\u00e9 des mille larmes d&rsquo;un bonheur au go\u00fbt de rouille.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Elle\nregarde la chaussure et me demande si je l&rsquo;ai reconnu. \n<\/p>\n\n\n\n<p>Comment peut-on reconna\u00eetre un soulier ?  Comme on reconna\u00eet de loin un vieil ami ?  Comme on reconna\u00eet un air de musique qui nous touche ? Comme on reconna\u00eet sa prog\u00e9niture devant l&rsquo;officier de l\u2019\u00c9tat civil ?<\/p>\n\n\n\n<p>Je\nhoche la t\u00eate, et \u00e0 la nette descente asym\u00e9trique des commissures\nde ses l\u00e8vres je comprends qu&rsquo;elle attend des mots, des vrais mots. \n\u00c7a\nva faire mal, mais je me lance, il faut arracher ce vieux pansement :<\/p>\n\n\n\n<p><em>\t\t\t\t\t\u00ab\u00a0Oui,\nce sont celles que j&rsquo;avais faites pour ta m\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le\nsouffle coup\u00e9, je viens de peindre ma premi\u00e8re toile en apn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu te marres Paul\u00a0? Tu as raison, personne ne peut peindre une pens\u00e9e, m\u00eame imbib\u00e9e \u00e0 la Bleue.<\/p>\n\n\n\n<p><em>A\u00efe\u00a0!<\/em>\u00a0J\u2019ai comme des talons qui claquent dans la t\u00eate. Ah non, c\u2019est le d\u00e9fil\u00e9 des bottes sur la Grande Avenue. Allez Paul, sers-m&rsquo; en une autre\u2026 Cette putain de f\u00e9e verte me tuera \u00e0 coup de pelle.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tiens mon Paul, sers moi une absinthe. \u00c7a va rincer l\u2019odeur des bourgeois. Tu sens&nbsp;? M\u00eame ma veste elle pue le salon feutr\u00e9, l\u2019argent vol\u00e9 et le savoir vivre\u2026 r\u00e9pugnant. \u00c7a se gratte le cul en faisant des commentaires sur ta technique, et \u00e7a r\u00e9clame des paysages aux portraitistes. Putain j\u2019aime pas faire le guignol &hellip; <a href=\"https:\/\/1calamus2vexilles.fr\/?p=45\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Comment je suis devenu un peintre surr\u00e9aliste&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[12],"tags":[],"class_list":["post-45","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-bleu"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/1calamus2vexilles.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/45","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/1calamus2vexilles.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/1calamus2vexilles.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/1calamus2vexilles.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/1calamus2vexilles.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=45"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/1calamus2vexilles.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/45\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":257,"href":"https:\/\/1calamus2vexilles.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/45\/revisions\/257"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/1calamus2vexilles.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=45"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/1calamus2vexilles.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=45"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/1calamus2vexilles.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=45"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}